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Posts Tagged ‘Andalousie’

Ces derniers temps, je me suis rendue directement de Palestine en Andalousie. Depuis longtemps, je rêvais de rencontrer les « Andaluces de Jaen » de la chanson de Paco Ibanez.

Mais, de part et d’autre de la Méditerranée les oliviers ne sont pas les mêmes. Les modes de vie non plus.

Oliviers de PalestineEn Palestine, les troncs fossilisés semblent avoir été engendrés par la rocaille. Ils se tordent de souffrance dans la poussière, dans les espaces de terre rouge retenue par les rochers au hasard des déclivités du terrain. Et tous ces lambeaux de sol, au pied de chaque olivier sont régulièrement labourés au mulet et à l’araire. La récolte est un moment privilégié qui réunit les familles entières au pied des arbres. L’olivier fait partie de la famille. Il existe entre le paysan palestinien et son arbre une profonde complicité.

En Espagne, je voulais aller à la rencontre des aceituneros altivos de ma chanson.
Oliviers d'AndalousieBien sûr, j’ai été impressionnée par l’étendue des paysages oléicoles, par ces mers d’oliviers où l’argent se découpe sur des terres rouges ou blanches.

 

Andalousie09 149Mais là, les oliviers règnent en triomphateurs sur une terre vaincue, neutralisée, réduite à l’état de substrat. Une terre tailladée, éventrée par les torrents de pluie que ne retient plus aucune herbe.

 

 

Andalousie09 274On y avance dans la puanteur acre des margines (celles des années passées puisque la récolte n’était pas encore commencée). L’horizon est bouché par l’accumulation des fumées des usines de transformation des grignons en engrais, ou en énergie électrique.

 

Les champs, à perte de vue, sont vides. Seuls, par endroits, quelques travailleurs immigrés coupaient les rejets autour des arbres en vue de la prochaine récolte. Où étaient donc passés mes andaluces de Jaen ? J’ai eu la réponse, à Jaen…

La fête del Dia de la Hispanidad battait son plein avec son concert de flutes, tambours et cornemuses, ses locos déguisés qui haranguent les gens, ses étals multicolores, ses immenses braseros où rôtissaient toutes sortes de viandes, ses femmes en robe andalouse, superbement parées, coiffées et maquillées. Soudain, sortant de la foule, il s’est approché de nous : un vieillard aux yeux malicieux, appuyé sur sa canne.
 – Vous m’avez appelé ?
– Non, pas du tout.
– Alors, vous avez dû parler de dimanche, et comme je m’appelle Domingo… Vous savez, j’habite à Jaen maintenant mais je viens de la campagne.
– Vous avez des oliviers ?
– J’en avais plus de 300 000.
– Moi, j’en ai 500.
– Es nada ! (m’en souviendrai à la prochaine récolte !)
– Vous cultiviez quelles variétés ?
– Toutes sortes, mais ce n’était pas comme maintenant. Rien n’était pareil. On travaillait pour manger et c’est l’olivier qui nous faisait vivre, il fallait s’en occuper du mieux possible. Puis les français (pieds-noirs ? industriels?) sont venus avec leur argent, avec leurs méthodes et tout est devenu différent. Il fallait travailler le moins possible pour faire beaucoup d’argent. L’olivier, ce n’était plus qu’un moyen de faire de l’argent.

 No los levanto la nada, ni el dinero ni el senor, Sino la tierra callada, el trabajo y el sudor. Unidos al agua pura y a los planetas unidos… 

 J’en avais assez entendu. Il a continué sa route en continuant à maugréer. Moi, j’avais rencontré un andaluce de Jaen, un vrai, un aceitunero altivo… comme on n’en fait plus. Et j’étais infiniment triste.

Jacqueline Bellino, www.adolives.com

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